JO2028 : le retour des tests de féminité !
La présidente du Comité International Olympique (CIO), Kirsty Coventry a annoncé le jeudi 26 mars 2026 le “retour”, la réintégration des tests génétiques pour prouver que toutes les femmes sont des … femmes pour les J.O 2028. Ces tests dits de “féminité” conditionnent la participation des 100% de femmes athlètes qualifiées aux épreuves sportives de Los Angeles.
Première femme élue à la tête de l’instance internationale, la nouvelle présidente aura mis juste un an (son élection date du 20 mars 2025) à faire reculer l’entité mondiale, de presque trente ans, sur les droits humains …
L’Histoire : retour vers le futur !
La commission des athlètes du CIO s’était officiellement prononcée contre les tests de féminité en 1999, aux côtés de la communauté scientifique qui contestait leur pertinence. Cette résolution avait été adoptée lors de la Conférence mondiale du CIO sur les femmes et la santé
C’est sous cette double pression (athlètes et les preuves de la science) que le CIO avait renoncé à ces tests à partir de cette année-là.
Le contexte sportif géopolitique
On se souvient qu’une des toutes premières décisions, lors de sa nouvelle élection, le président Donald Trump a visé à interdire – aux USA – aux femmes transgenres de participer aux compétitions sportives féminines, notamment dans les écoles, universités et structures soutenues par des fonds fédéraux. En cas de non-exécution de cette disposition, la suppression des financements du gouvernement pour ces institutions est immédiate.
Champion olympique en 1996 à Atlanta (USA)) sous l’identité de Wilfrid Forgues, celui-ci a opéré une transition en 2016 pour devenir une femme – Sandra – qui s’insurge contre la décision qui vient de troubler le monde olympique. “On est dans la pure discrimination, c’est complètement à l’inverse des valeurs olympiques et de celles du sport ». Devenue Sandra, celle-ci est catégorique : « Il n’y a pas de preuves scientifiques qui prouvent que les femmes transgenres ayant fait une transition hormonée ont des avantages de performance par rapport aux autres. (1)

Que disent les chercheurs scientifiques et … les trouveurs (f/h) ?
Nous avons examiné les résultats des travaux de plusieurs scientifiques (femmes et hommes) de nationalité différente :
Anaïs Bohuon, socio-historienne publie des articles, ouvrages scientifiques sur le corps, le sport, le genre :
S’il est légitime de vérifier que tous les athlètes soient à armes égales, jusqu’où faut-il aller ? Ces tests évaluent ou ont évalué des critères biologiques qui « dépassent les différences hommes-femmes ». Si une femme est née avec un taux de testostérone supérieur à la moyenne, doit-elle être privée de compétition ? Est-ce que les tests de féminité sont encore acceptables ? Sont-ils même fiables ? « Je suis souvent extrêmement surprise par la panique morale que la participation des « femmes trans » génère. Cette obsession – surtout des hommes – pour une minorité statistique cache un danger plus vaste pour toutes les femmes.
Francis Poulat est un chercheur français, à Montpellier, en biologie moléculaire, spécialiste international de la détermination génétique du sexe, notamment du gène SRY.
C’est de ce gène dont il est question en particulier dans les tests de féminité. En septembre 2025, lors la nouvelle attaque de la fédération internationale d’athlétisme qui a remis en place ces tests pour toutes les femmes : Francis Poulat précisait notamment : « Une mutation du gène du récepteur aux androgènes rend la testostérone inefficace : bien que ces femmes XY possèdent le gène SRY et des testicules actifs, les hormones produites restent sans effet — comme une clé incapable d’ouvrir une serrure défaillante ».. Il ajoutait : « Dans les deux cas, la présence du chromosome Y et de SRY ne leur confère pas d’avantage biologique par rapport aux femmes XX. »
Au niveau international
Elles/Ils ont étudié aussi le lien entre le gène SRY, la génétique et les performances athlétiques, et arrivent à des conclusions similaires à celles de Francis Poulat.
- Kathryn North (Australie) : ses travaux sur le gène ACTN3 ont montré que la génétique influence certains traits physiques liés à la performance (endurance vs vitesse), mais qu’aucun gène unique, y compris SRY, ne détermine à lui seul la performance athlétique. Elle souligne la complexité des interactions entre plusieurs gènes et facteurs environnementaux.
- David Epstein (États-Unis) dans son livre « The Sports Gene », insiste sur le fait que l’environnement, l’entraînement et la motivation jouent un rôle tout aussi crucial. Il met en garde contre les simplifications excessives, comme l’idée qu’un seul gène (comme SRY) puisse expliquer les différences de performance active.
Les tests de féminité : qu’en est-il en France ?
La loi de bioéthique, en France depuis 1994, pose de grands principes. L’examen génétique ne peut être réalisé qu’à des fins médicales, judiciaires ou de recherche scientifique. Ceci uniquement dans des laboratoires autorisés.
Le sport est exclu du champ des autorisations de tests. Le Ministère des Sports et le Comité National Olympique Sportif Français rappellent régulièrement l’interdiction légale de ces tests. En conséquence, les athlètes françaises doivent se rendre à l’étranger pour réaliser ceux-ci exigés par certaines instances internationales (ex : athlétisme, boxe …) et pour pouvoir participer aux épreuves.
Ce qui sera donc le cas pour toutes les Françaises qualifiées (tous les sports) pour les Jeux Olympiques 2028.
- Quid de la prise en charge financière, logistique pour la réalisation de ces tests ?
- Si ceux-ci se déroulent aux USA en amont des épreuves, on peut imaginer que le pays hôte des J.O pourrait faire un “business” supplémentaire de … cette obligation.
- Au moment où il est question de la charge mentale dans le sport, quid de l’impact psychologique pour toutes les sportives de ces tests dégradants qui touchent l’intimité ?
Le contrôle du corps des femmes : cette récurrence absolue
De façon régulière, les femmes, dans le sport en particulier, ont à se battre pour que les instances prennent en compte leur avis, par exemple sur leurs tenues pour le beach volley, le handball, le tennis afin que celles-ci soient adaptées à leur morphologie et non pas aux fantasmes des hommes. C’est depuis 1936 que la première réalité de vérification des corps a été instauré sur le “sexe” des femmes. Avec à l’époque, la présentation de leur corps nu devant un jury d’hommes … jusqu’aux tests de féminité qui reprennent en 2026 après un arrêt de presque trente ans.

Deux exemples d’exclusion incroyables
Caster Semenya, présentait de façon naturelle de l‘hyperandrogénie. Cela correspond à une présence excessive d’androgènes(hormones sexuelles masculines) circulant dans le sang chez une femme. Cette championne d’athlétisme a été condamnée à prendre des médicaments pour faire baisser son taux d’androgènes ce qu’elle a refusé. Elle a été suspendue des compétitions. Elle évoque à juste titre “Chez les hommes, on ne catégorise rien. On ne dit pas qu’un homme a un taux de testostérone plus élevé qu’un autre ? Ou qu’il a plus de muscles qu’un autre ?” (3)
Annett Negesa, athlète hyperandrogène en 2011, a tout juste vingt ans, quand elle remporte le titre de championne d’Afrique du 800 m et qu’elle atteint quelques mois plus tard les demi-finales des Championnats du monde sur cette même distance. En 2012, il lui est interdit de participer aux J.O. de Londres. Annet Negesa a subi des examens en France et on lui recommande de se faire opérer pour lui retirer la testostérone. Résultat une ablation des organes génitaux internes, en Ouganda, sans son consentement. L’histoire de sa vie brisée : ICI
Aucune mesure, aucun test n’a jamais été fait pour les hommes
On peut donner l’exemple de Michaël Phelps qui a montré un taux d’acide lactique de 5,6 versus de 10 à 15 millimoles par litre de sang sur une étude de 5.000 nageurs sur 20 ans. Pourquoi aucune question ne s’est posée sur ces chiffres dont on pourrait penser qu’ils étaient favorables biologiquement à la performance du champion américain ?
L’équité de contrôles des femmes versus les hommes ?
Quand la présidente du C.I.O Kirsty Coventry fait valider par son Comité le retour des tests de féminité avec comme argument majeur de l’équité dans la catégorie des femmes …on s’interroge réellement de façon légitime pour l’équité femmes versus les hommes quant aux tests ?
Et aussi, qu’en-est-il de l’équité entre les athlètes masculins ? Il est question, dans tous les médias, souvent des corps d’hommes (taille, poids, masse musculaire, résistance, endurance …) donc de performances hors-normes qui expliquent des résultats incroyables, des records pulvérisés ?
Pour les hommes (pour la fourchette d’âge de 19-39 ans) : le taux de testostérone varie entre 270 à 1070 ng/dL.
- En 2023, l’Université de Cambridge (Archer et al) indique que les hommes avec des taux > 700 ng/dL montrent une meilleure résilience mentale et un comportement plus compétitif dans les sports d’opposition (rugby, boxe, etc.).
- En 2020, une autre étude (Bhasin et al. (2020), New England Journal of Medicine) considère comme donnée clé : Les hommes avec des taux > 600 ng/dL montrent une amélioration de 5 à 10 % de leur capacité aérobie par rapport à ceux < 400 ng/dL
Qu’en dit le C.I.O. ? S’interroge-t-il seulement sur le sujet ?
Nous posons la question donc sur le fait que ces différences notables de taux – ayant une influence directe sur la performance – n’aient pas fait l’objet d’études ? de contrôles quant aux résultats sportifs chez les hommes dans les compétitions olympiques et autres événements mondiaux ?

Conclusion d’Ada Cheung : endocrinologue à Melbourne sur les tests de féminité réintroduits par le C.I.O (3)
“Si nous nous soucions de l’avantage de performance, alors nous devons mesurer des paramètres pertinents pour la performance. Et non un chromosome … Une politique basée sur la peur d’une groupe marginalisé n’est pas une bonne politique.
Ce n’est rien d’autre que la peur déguisée en argument scientifique.”
70 organisations internationales s’élèvent contre ce retour arrière
Ces entités ont publié un communiqué commun prouvant que cela constitue un recul stupéfiant en matière d’égalité des genres et ferait reculer le sport féminin de 30 ans.
Andrea Florence, C.E.O Sport & Rights Alliance : « Le contrôle des genres et l’exclusion nuisent à toutes les femmes et à toutes les filles, et sapent la dignité et l’équité mêmes que le CIO prétend défendre. »
Notre avis
Nous restons convaincus que la décision personnelle de Donald Trump, président des U.S.A., de renier les personnes transgenres notamment, de revenir sur les droits des femmes, de vouloir effacer toutes les recherches sur la diversité – est à l’origine de cette décision olympique. Pour mémoire, les chercheurs américains -depuis 2025- qui souhaitent être financés par l’État fédéral ne doivent plus employer des termes comme « diversité », « inclusion », « femme », « LGBTQI « , « changement climatique »… Pas de mesure de contrôle de féminité ne semble avoir été annoncée par les athlètes paralympiques ? (4)
Après trente ans d’abandon de ces tests de féminité par le C.I.O qui n’avaient rien apporté, la première présidente du mouvement olympique, Kirsty Coventry, en les réintroduisant pour cette édition américaine, s’évite un combat idéologique, philosophique, humain avec le président du pays hôte des J.O 2028. Comme une heure sombre revenue telle une ombre tenace sur la liberté des femmes …. La lumière reviendra-t-elle pour l’édition 2032 en Australie à Brisbane ?
Cette attitude réactionnaire, ce retour arrière sur les droits des femmes, cette décision archaïque récusée par un nombre certain de chercheurs scientifiques (f/h) dans le monde entier, montre que la seule qualité – qu’il aurait fallu avoir pour simplement garder le statu quo – s’appelle : le courage. Visiblement porté disparu.

Nos précédents articles en 2025 et 2018
- Femmes : la preuve par 2 X : En savoir plus
- Le corps des femmes sous contrôle : LIRE
Ressources et références
(1) extrait : article Ouest-France
(2) : Pourquoi les tests génétiques, désormais imposés aux femmes athlètes, sont jugés « discriminants » par des scientifiques avec les explications du scientifique Francis Poulat.
(3) sujet traité par Brut vidéo : tests de féminité, un casse-tête sans fin
(4) Comment le système Trump supprime du web des milliers d’articles au nom de son « idéologie de genre » : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/anne-cecile-ailfert-en-toute-subjectivite/anne-cecile-mailfert-en-toute-subjectivite-du-vendredi-14-fevrier-2025-5505666
(5) Réactions de nombreuses associations des droits humains : https://information.tv5monde.com/sport/le-cio-decide-de-retablir-les-tests-de-feminite-pour-les-jo-2028-de-los-angeles-2815231
